Le Vide, le non-manifesté et le manifesté

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le Vide, le non-manifesté et le manifesté

Message  patanjali le Lun 26 Nov 2012 - 19:46

Le Vide du bouddhisme a souvent été pris à tort pour le néant. D'autres traditions ont été plus précises quant aux relations du manifesté et du non-manifesté. Le Tao te king le décrit dans le premier verset:

Tao Te King, verset 1
Le sens qui peut être exprimé en parole n'est pas la Sens éternel (Tao);
Le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel.
Le non-manifesté est l'origine du ciel et de la terre ; le manifesté est la mère des êtres individuels.
C'est pourquoi le non-manifesté oriente vers la vision du merveilleux, le manifesté vers la vision de la limitation.
Les deux sont un par l'origine et seulement différents par le nom; par son unité, c'est le secret.
Le secret du secret est la porte par laquelle apparaissent tous les miracles

Tao Te King, verset 42
Le Tao produit le Un; le Un produit le Deux; le Deux produit le Trois; le Trois produit tous les êtres.


Le Tao, que Wilhelm a traduit par SENS est au-delà des noms mais aussi des nombres.
Le Tao est pure origine, C'est le Vide qui n'est pas néant puisqu'il est origine. Il est origine de Tout, du Un, de l'Univers.
C'est une hypothèse nécessaire à l'apparition de tout ce qui existe, une supposition d'infinies possibilités que l'on peut appeler toute-puissance dans le sens étymologique de toute-potentialité, ce qui ne suppose aucune conscience ou volonté.

Le contraire du Un, ce n''est pas le zéro mais le Multiple, commençant par Deux. distinction entre les deux faces du Un: le sens orienté vers le non-manifesté merveilleux et le sens vers le manifesté limité.
Ainsi le Un comprend le Deux. Ici se justifie la comparaison avec les principes non manifestés du Samkhya: purusha et prakriti:

De ces deux, Purusha est le principe de l'Etre, Prakriti le principe du Devenir. Purusha existe éternellement, ne devient jamais, alors que Prakriti est essentiellement mouvement.; …Purusha d'autre part est éternelle conscience imperturbable. Rien ne peut y entrer, rien ne peut en sortir.

C'est ainsi que les définit Nandalal Sinha dans "The Samkhya philosophy". Les deux sont non-manifestés à l'origine. La manifestation commence lorsqu'apparaissent les qualités perceptibles, les trois Gunas qui ne se manifestent que lorsque " une vibration cosmique s'élève dans Prakriti, perturbant son état d'équilibre". (voir Samkhya-Yoga et les trois Gunas)
Dans le Samkhya, la manifestation est un Devenir et non pas un Être comme nous avons l'habitude de penser. Mais dans la pensée chinoise aussi, la manifestation est décrite par des cycles et des mutations. C'est pourquoi j'ai traduit par manifesté et non-manifesté, ce que Wilhelm nommait "être" et "non-être" ("Sein", "Nichtsein").

La controverse entre être et devenir agitait déjà les philosophes grecs présocratiques;
Parménide voyait le monde des choses en tant qu'existence permanent. Sa logique était celle de l'identité, de la vérité sans alternative qui a conduit à celle d'Aristote et au principe de contradiction exclue
Héraclite expliquait le monde par le changement continuel qui est présent partout comme une alternance incessante des contraires. Platon a repris cette logique dans sa doctrine des formes intelligibles.
En réalité tous les deux ont raison mais sur des niveaux différents de la connaissance. Les choses "existent" du moins au moment et à l'endroit de l'observation, mais elles changent et fonctionnent dans une logique d'alternance des contraires saisissable seulement par la raison. (voir les trois niveaux de la connaissance

La même question se pose à présent à la physique. La réalité matérielle est-elle faite de particules ou d'ondes. Elle est sans doute à la fois particule et onde, mais à des points de vue différents.
Ce ne sont que des aspects partiels de la réalité qui est triple: le fondement de l'être permanent est l'espace-éther ou le vide quantique (cause matérielle). Dans cet espace se déroule le changement sous forme de vibrations ou "fluctuations", de mouvements altenatifs d'ondes (cause efficiente). Mais ce qui produit des structures et formes par auto-organisation, ce sont des interférences d'ondes complexes (cause formelle).

Voici comment un grand physicien, Ilya Prigogine, voyait le vide:
Le vide quantique n'est donc pas le néant des philosophes…?
Non, ce n'est pas le néant des philosophes parce que – voilà une chose des plus curieuses – un système quantique même vide, c'est-à-dire sans particules, sans excitations, a encore une énergie. Donc le vide quantique présente déjà des fluctuations. Et, pour moi, la transition du pré-univers et l'univers est avant tout un problème de passage du vide, qui contient déjà des particules en puissance, à des particules réelles, des particules qui peuvent se séparer, forger des étoiles, former des planètes et finalement engendrer la vie.
En effet, le néant n'existe pas par définition!
Est-ce si difficile à comprendre par les philosophes modernes? Mad
avatar
patanjali
Admin

Messages : 762
Date d'inscription : 20/08/2012
Age : 81

http://sys.theme.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum