Etapes du déclin de la pensée occidentale

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Etapes du déclin de la pensée occidentale

Message  patanjali le Lun 23 Mai 2016 - 19:51

L'opposition de l'Orient et de l'Occident n'avait aucune raison d'être lorsqu'il y avait aussi en Occident des civilisations traditionnelles; elle n'a donc de sens que s'il s'agit spécialement de l'Occident moderne, car cette opposition est beaucoup plus celle de deux esprits que celle de deux entités géographiques.
(René Guénon, La crise du monde moderne)

Je distingue au moins trois ruptures historiques successives de la pensée européenne et occidentale avec la sagesse orientale qui ont conduit aux excès et au déclin de la civilisation occidentale:
La première correspond à la destruction par Alexandre de l'empire perse qui coupa tout lien avec l'Orient. La seconde correspond au schisme entre les dogmes dualistes de l'Eglise catholique de Rome et la pensée trinitaire orthodoxe de Constantinople. La troisième correspond à la révolution scientifique qui rejeta toute métaphysique.

Première rupture: destruction du lien perse avec la sagesse orientale: Aristote et Alexandre
Les Grecs ont bénéficié  de la tolérance et éthique zoroastrienne de l'Empire achéménide qui favorisait la circulation des idées. Les philosophies de Socrate et Platon sont issues des idées venues d'Orient, de Mésopotamie et d'Egypte. Les Grecs n'ont pas tout inventé mais les sources n'avaient pas pour eux l'importance que leur attribuent nos historiens; seul comptait le savoir.
Après la mort de Platon (-348). Aristote, dépité de se voir refuser la direction de l'Académie, s'est rallié à l'empirisme des physiciens. Il a renié l'idéalisme de Platon et, devenu précepteur du jeune Alexandre, il lui enseigna sa logique d'intolérance des contraires et lui conseilla "sois hégémon pour les Grecs mais despote pour les Barbares". Paul du Breuil écrit: La pensée formelle d'Aristote trouva son prolongement fidèle dans la façon dont Alexandre et ses troupes allaient se comporter en "Asie barbare", laquelle finalement allait l'engloutir.
La destruction de l'empire perse eut comme conséquence une rupture définitive de l'Europe avec les sagesses orientales. A la mort d'Alexandre (-323) succéda la période trouble de l'hellénisme, dominée par des philosophies matérialistes stoïciennes et épicuriennes.

Deuxième rupture: Schisme entre dualisme aristotélicien latin et le trinitarisme platonicien grec. Augustin et Thomas d'Aquin
L'éthique zoroastrienne fut cultivée dans la secte juive des Esséniens dont sont issus Jean Baptiste et Jésus. Au IIIe siècle, une école discrète néoplatonicienne se tint à Alexandrie à l'initiative d'Ammonios Saccas, dont Origène et Plotin furent des disciples. Le concile de Nicée (325), réuni par décret de Constantin, associa la légende chrétienne à la trilogie néoplatonicienne dans le symbole de Nicée de la trinité.
Cependant, l'éthique d'Augustin, qui avait été manichéen dans sa jeunesse, institua un dualisme bien/mal entre péché originel et rédemption, niant le libre arbitre. Le dualisme fut formalisé dans la "consubstantialité" du père et du fils, le filioque. Imposé par Charlemagne il conduisit, avec la revendication de priorité de l'évêque de Rome, au schisme de 1054 entre Eglises d'Orient et d'Occident.
Au XIIIe siècle une réforme théologique introduisit l'aristotélisme de Thomas d'Aquin dans la scolastique. Sa logique de contradiction exclue et de tiers exclu institua un dualisme vrai/faux qui justifiait l'autorité de l'Eglise et l'Inquisition. Au concile de Florence (1439), une délégation de Constantinople menacé par la Turquie, accepta toutes les revendications de Rome mais fut désavouée par la population  et le clergé grec. Les promesses de Rome ne furent pas tenues, Constantinople tomba en 1453. L'orthodoxie sera dorénavant représentée par le monde slave et les patriarches de Kiev et Moscou.
Russie-Occident, une guerre de mille ans:


Troisième rupture: Rejet par le positivisme de toute forme de métaphysique: Auguste Comte, Laplace
Précédant les chutes de Constantinople et de Grenade, de nombreux intellectuels et artistes byzantins apportèrent leur savoir et des manuscrits, initiant la Renaissance. En réaction à l'aristotélisme thomiste dominant de l'Eglise, la cabale et l'hermétisme  animèrent des mouvements ésotériques.  Le platonisme et  le  pythagorisme inspirèrent l'œuvre philosophique remarquable de Nicolas de Cues qui influença Giordano Bruno et Descartes.
Le supplice de Giordano Bruno en 1600 ordonné par l'Inquisition mit définitivement fin au platonisme dans la pensée d'Europe occidentale, d'autant plus que le positivisme scientifique qui succéda aux découvertes du XVIIe siècle, refusa non seulement  le dogmatisme clérical mais toute forme de métaphysique, tout en conservant l'empirisme aristotélicien et sa logique restrictive.
Le positivisme institua une idéologie qui érigea les postulats introduits par Descartes, Leibniz et Newton en dogmes. Les principes analytique déterministe et matérialiste de la méthode expérimentale sont nécessaires pour obtenir en milieu artificiel des résultats reproductibles et mathématiquement formulables mais ils sont devenus la croyance de la civilisation technologique. La science croit que le monde est fait de matière réductible à des particules, qu'il obéit à des causes mécaniques et que le temps est réversible. Cette croyance est partagée par le public sevré de vulgarisation scientifique et constitue le paradigme de l'époque moderne.

Une rupture secondaire à l'intérieur même de la science s'est produite au début du vingtième siècle. A la suite de la relativité, la physique théorique croit que le monde est  régi par les mathématiques dont les "vérités" remplacent celles de la Révélation de la scolastique. Le dogmatisme est de retour. Ce n'est plus l'observation qui précède la formulation mathématique. C'est la théorie mathématique qui précède l'expérimentation physique chargée de confirmer a posteriori la théorie.

Cette religion qui relativise l'espace et le temps, n'a plus d'orientation, n'a pas de sens. Elle ne comprend ni l'évolution, ni la vie, ni l'homme.

A notre époque postmoderne, les mathématiques secondées par l'informatique entretiennent l'imaginaire par des univers fantastiques. Le virtuel de la TV et des jeux vidéos pénètre dans tous les foyers, distrayant les gens de leurs problèmes quotidiens, comme les jeux du cirque distrayaient le peuple à l'époque de l'empire romain décadent.

Mais alors qu'une étoile décline en Occident, d'autres étoiles se lèvent en Orient…
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Re: Etapes du déclin de la pensée occidentale

Message  SFuchs le Lun 23 Mai 2016 - 21:01

Bonjour Résurgence,

C'est ainsi que je formule parfois, en moi-même, la Trinité : La Trinité est le trésor de guerre du christianisme, jalousement et encore conservé de façon peu altérée par les gardiens de l'orthodoxie de la sphère orthodoxe d'Orient. Ce trésor c'est, selon les cultures : le tiers inclus, la dialectique, le ternaire causal fondamental, la Tetraktys, la Voie du Milieu.
Pour le reste, il faut peut-être accepter que la loi de l'entropie concerne aussi les civilisations. Mais la Tradition, ce n'est pas le passé, c'est ce qui ne passe pas. Malgré toutes les surcharges et déviances imposées à la Tradition au fil du temps, c'est au cœur de l'homme que se trouve la possibilité de renouer avec cet universel que l'entropie civilisationnelle a altérée. En cela, nous pouvons rester positif sur l'issue de la destinée humaine, au-delà des contingences de l'histoire.
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Re: Etapes du déclin de la pensée occidentale

Message  patanjali le Mer 29 Mar 2017 - 9:30

J’attribue la crise de la civilisation occidentale à cinq causes qui vont du plus ancien au plus récent et du plus fondamental au plus superficiel.

  1. Le monothéisme, dérivant naturellement vers des intégrismes réclamant  le monopole de la vérité et de la croyance. - C’est une réduction du monisme spirituel, principe universel d’existence, à une entité unique et exclusive. Le monothéismeséparé l’Occident de l’Orient.
  2. La logique aristotélicienne de contradiction exclue, critère de connaissance au niveau physique, le plus bas des trois niveaux platoniciens , lorsqu’elle a été généralisée par Thomas d’Aquin aux sciences humaines et métaphysique. Le dualisme vrai/faux après celui bien/mal d’Augustin a conduit au schisme entre orthodoxes et catholiques.
  3. La pensée "cartésienne" qui a été interprété l'esprit de Descartes dans le sens dualiste et selon sa méthode réductionniste, les physiciens réduisant le réel à la matière, les philosophes la réduisant à la pensée. - Ces interprétations ont conduit à l’hypertrophie des sciences naturelles et à l’insignifiance de la philosophie en tant que recherche de la sagesse.
  4. Les idéologies postmodernes, la dissolution individualiste de la société et la relativisation des valeurs sous l’influence du virtualisme mathématique et informatique.
  5. En dernier, l’emprise de la spéculation financière virtuelle sur l’économie réelle mais aussi sur la consommation, la communication, la politique, contrôlant toute activité.
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