Modulations sensibles de l'ubiquité

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Modulations sensibles de l'ubiquité

Message  Dionysos le Sam 24 Sep 2016 - 12:43

J'avance une prérogative qui ne justifie rien mais évacue tout de même un aspect négatif de la réalité: l'inconscient n'est pas que mauvaise foi comme l'affirmait Sartre, il est surtout une mémoire fluctuante qui franchit le stade de la simple inertie d'une action dirigée ainsi qu'une simple réaction de pouvoir ainsi que dans sa transcendance elle oriente ce qu'on pourrait appeler les modulations sensibles de l'ubiquité dont l'interaction se rend consciente à la raison. Or "si rien n'est sans raison" comme le soumet presque Heidegger c'est là moins une rationalité à découvrir à partir de la raison qu'une ontologie qui dépose cette raison au-delà d'une vérité analogique à la facticité de son devenir.
En fait l'inconscient est davantage la mémoire car il a effectivement besoin de justifier son vécu et de mettre en place des stratégies de défense pour la concrétude du présent ainsi que l'anticipation de l'avenir en lien avec le cœur de la civilisation en tant que présence-au-monde. Et pourquoi la présence-au-monde? Parce que cela précise ce que nous avons appelé modulations sensibles de l'ubiquité et que je vais définir dès à présent. Prenons un exemple d'Œdipe à Colone.
Voilà comment commence ce récit:
Œdipe demande au Coryphée: "Et où se trouve votre roi, étrangers?" Et le Coryphée lui répond: "Il réside en la capitale de ses pères. Le messager qui nous a envoyés ici est allé le chercher". Et Œdipe de dire: "Pensez-vous qu'il daigne se déranger par pitié pour un aveugle?" Et le Coryphée de reprendre: "Assurément, dès qu'il entendra ton nom." Puis Œdipe de dire: "Mais qui se chargera de lui apprendre?" Alors le Coryphée termine: "Si la route est longue, les propos des voyageurs vont bon train. Dès qu'ils l'auront touché, ne crains rien: le roi sera là. Ton nom, vieillard, vole maintenant sur toutes les lèvres; si posément qu'il marche d'ordinaire, Thésée se hâtera d'accourir à cette nouvelle".  
Pour comprendre la valeur symbolique de ce passage il suffit de faire attention au dernier mouvement que suggère le Coryphée si vous voulez saisir le lien invisible qui existe entre toutes les parties du monde.
Je vais prendre un contre-exemple qui pourrait rendre davantage compte de ce don de la conscience d'être ici et ailleurs en un même moment. Ainsi dans la même tragédie Œdipe à Colone il est dit:
Le mieux pour l'homme serait de ne pas naître; le second degré du bonheur de rentrer au plus tôt dans le néant d'où il serait sorti. En effet, sitôt qu'arrive la jeunesse apportant avec elle l'imprudence et la folie, que de travaux, que de peines viennent fondre en elle! Les meurtres, la discorde, les querelles, les combats et l'envie; la vieillesse enfin, la vieillesse odieuse, débile, inabordable, sans amis, et qui rassemble en elle tous les maux.

Cet infortuné est parvenu ainsi que nous à ce terme fatal.

Comme un rocher, sur le rivage du nord, est battu de tous côtés par les ondes et la tempête, ainsi des malheurs affreux viennent sans cesse à flots pressés l'assaillir de toutes parts, les uns des contrées où finit le jour, les autres des rivages de l'aurore, ceux-ci des pays que le soleil brûle de ses feux, ceux-là des monts Riphées, séjour de la nuit.
En effet il s'agit ici de modulations assez terribles mais qui, à vrai dire, ne rentrent pas dans notre cadre où ne sont présentés ici que les phases terminales de la naissance et de la mort. Certes cela s'accorde avec une forme d'inconscient collectif lié à une mémoire d'usage tiraillée d'entre tous les bords mais il faut aussi arguer que l'ubiquité n'est pas qu'une fracture entre la vie et la mort, entre le passé et l'avenir qui accompagne le mourant, alors que ce n'est là que la représentation d'une tragédie pertinente de la vie.
Or le premier exemple est plus quotidien de la communication intersubjective qui rend existentielle l'ubiquité dont j'ai causé dans le travail d'incorporation dans un inconscient collectif qui n'en est pas moins affecté de forces nourricières d'une physiologie interactive.
En outre l'inconscient est le lieu de pâture de la mémoire ainsi que le temps intensif alloué à l'imagination, ce qui dans le second exemple regorgent en affres et déboires. Et à partir de là j'ai davantage mis en place l'inconscient sur un plan autre mais toujours assujetti par la mémoire et qui, en cela, ne peut qu'être affectée en un inconscient collectif où l'ubiquité délibère ainsi qu'une communication altière (qui se désorganise sans cesse pour (re)trouver la raison). Et cette ubiquité répond bien de sa définition où son être est là en deux endroits au même moment, instance omnisciente de la présence-au-monde à la fois en intériorité et en extériorité, à la fois absence et présence, en alternance entre l'ineffable et la révélation.
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Re: Modulations sensibles de l'ubiquité

Message  SFuchs le Sam 24 Sep 2016 - 14:47

Jean-Paul Sartre a fait beaucoup de mal à la philosophie en général.

Pour le reste Dionysos, je saisis certain des aspects de votre propos, mais parfois j'avoue m'y perdre un peu. Certains passages me semblent trop ramassés, ou peut-être pas assez explicités, bien qu'il y ait de bonnes intuitions, je trouve Wink !


Et cette ubiquité répond bien de sa définition où son être est là en deux endroits au même moment, instance omnisciente de la présence-au-monde à la fois en intériorité et en extériorité, à la fois absence et présence, en alternance entre l'ineffable et la révélation.

J'aime bien cette conclusion Cool
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Re: Modulations sensibles de l'ubiquité

Message  Dionysos le Sam 24 Sep 2016 - 17:01

Tout n'est surement pas suffisamment explicité et c'est pourquoi pour avoir des précisions il faudrait me demander ce qui est ramassé et ce qui ne l'est pas car je saisis bien que certains passages sont peut-être trop condensés ou alors méritent peut-être d'être plus développés mais cela ne tient surtout qu'au fait que j'aurais pu écrire des dizaine de pages sur ce sujet.
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Re: Modulations sensibles de l'ubiquité

Message  patanjali le Dim 25 Sep 2016 - 6:02

Je comprends mal le langage de la philosophie moderne qui est partagée entre l’analyse phénoménologique et l’idéalisme subjectiviste.

Telle que je la comprends par la biologie, l’ubiquité existentielle repose sur l’inconscient collectif, la mémoire commune génétique finie, le royaume des ancêtres morts. Elle est réanimée et modifiée dans l’ubiquité des relations de la vie sous forme d’interactions d’ondes mouvantes incessantes, dont les effets se déposent à nouveau dans la mémoire collective, génétique morte.

Est-ce le sens de l’allégorie antique citée ?
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Re: Modulations sensibles de l'ubiquité

Message  Dionysos le Dim 25 Sep 2016 - 19:07

Patanjali, cet incessant passage de la vie à la mort, qui fait de l'ubiquité un brassage interactif de la communication est, je pense, tout autant biologique que physiologique.
Juste une citation de Rimbaud qui dans une de ses proses fait preuve d'intuition, cela ne l'empêchant pas de se rendre existentialiste avant l'heure, disant de même du poète qui « arrive à l'inconnu » dans les lettres dites « du voyant »:
Qu'il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innommables: viendront d'autres horribles travailleurs; ils commenceront par les horizons où l'autre s'est affaissé!
Et cela n'est pas sans rappeler Sartre qui disait dans L'existentialisme est un humanisme:
Quand nous disons que l'homme se choisit, nous entendons que chacun d'entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu'en se choisissant il choisit tous les hommes.
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Re: Modulations sensibles de l'ubiquité

Message  patanjali le Lun 26 Sep 2016 - 6:19

Dionysos a écrit:Patanjali, cet incessant passage de la vie à la mort, qui fait de l'ubiquité un brassage interactif de la communication est, je pense, tout autant biologique que physiologique.
Je suppose que tu voulais écrire philosophique au lieu de physiologique.

Je trouve quelque chose de tragique dans l’existentialisme et la philosophie moderne en général. Dans le silllage de l’ontologie d’Aristote, la science de l’être, ils cherchent une raison à l’existence, soit dans la matière (matérialisme), soit dans l’homme (humanisme), soit dans la conscience (spiritualisme). Pourtant ils se rendent compte que rien n’existe en permanence, que tout change. Ils voient que l’être est dépendant du devenir, d’où l’angoisse existentielle.

Le matérialisme voit le devenir dans la dégradation entropique, l’évolution vers la mort alors que la biologie la voit dans le devenir, l’évolution créatrice  de la naissance et de la vie.
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