Chamanes amérindiens d'Amérique du Nord

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Chamanes amérindiens d'Amérique du Nord

Message  Freya le Mar 24 Oct 2017 - 18:42

Le chamane amérindien, un personnage au rôle profondément social
Sa fonction principale au sein de la tribu ou du clan, est de guérir les maladies et les blessures qui atteignent les hommes mais aussi les animaux, que les causes en soient matérielles ou surnaturelles. Son action la plus spectaculaire est sans doute celle de restituer au malade la part manquante, perdue, donnée ou volée de son âme. Lorsqu'il fait usage de plantes médicinales, la valeur de son traitement ne réside pas dans les techniques et les plantes elles-mêmes qu'il emploie mais, dans la mise en oeuvre d'éléments sacrés. Bien que le chamane possède de puissants esprits protecteurs, ce ne sont pas ces derniers qui entrent en jeu dans la technique de guérison mais les Esprits guérisseurs et surtout son Pouvoir.  Ce Pouvoir, il l'acquiert difficilement (et il peut le perdre très facilement), non par ses connaissances et la parfaite maîtrise des techniques, mais par la pratique. Cependant, quand un chamane descend d'une lignée (génétiquement parlant) ou, est désigné par un vieux chamane comme son successeur, le chamane ainsi désigné acquerra alors le Pouvoir, plus ou moins puissant, du vieux chamane au moment du décès de ce dernier. Il est évident qu'un chamane expérimenté avec une longue carrière derrière lui, jouit d'un prestige bien plus élevé qu'un débutant. Ils ne connaissent pas de délai d'épuisement de leur Pouvoir.

Mais, les fonctions du chamane ne s'arrêtent pas à la guérison des malades ou blessés. Il préside au rite de passage de l'adolescence à l'âge adulte des jeunes (hommes ou filles) qu'il prépare étant donné qu'ils ont atteint l'âge de solliciter les faveurs des esprits. Si la protection des êtres surnaturels doit être recherchée à la faveur d'une vision que provoque un jeûne de 4 jours, il surveille les postulants tout en contrôlant avec vigilance leurs démarches. Il intervient également lorsqu'il s'agit d'attirer sur le nouveau tipi ou la nouvelle maison d'un couple, les bénédictions surnaturelles. Mais il veille également sur la santé collective et la prospérité matérielle de la tribu ou du clan. A chaque début d'année et à chaque nouvelle saison, il dirige les cérémonies de renouveau tendant à garantir l'enchaînement du cycle qui s'achève avec celui qui va commencer. En présence de tous les membres de la tribu, il offre alors aux esprits les premières baies, les premiers fruits cueillis, le premier poisson pêché et le premier gibier tué. Chaque chamane a un chant de Pouvoir unique qui lui permet entre autres choses, d'attirer le gibier et d'indiquer aux chasseurs de la tribu les lieux où la chasse ou la pêche sera fructueuse.

Un chamane est capable de se déplacer à travers les divers mondes invisibles pour rechercher une âme perdue ou, plus simplement voir dans l'espace et le temps ce qui a rendu un individu malade. Etant donné que le chamane jouit d'un don général de seconde vue et donc de prophétie, il peut, à la demande de parents, tirer des pronostics sur l'avenir d'un nouveau-né, retrouvé des objets ou des animaux égarés et désigner le voleur. Il perce à jour les desseins des ennemis de la tribu et déjoue leurs plans avant qu'ils ne soient accomplis, et c'est à ce titre donc qu'il accompagnera les expéditions guerrières. Ce don de seconde vue, lui permet également de voir dans lequel des corps du malade se trouve l'origine de la maladie (corps énergétique, corps émotionnel, mental, etc.). Comme le champ énergétique de l'être humain et de l'animal sont comparables à une toile d'araignée, le chamane est capable de remettre en place le moindre fil coincé ou déplacé, responsable d'une maladie ou d'une douleur persistante se situant donc dans ce corps.

Soutenant la vie, il sait remédier à la stérilité des femmes ; faire naître un enfant d'un sexe déterminé. Souvent appelé au chevet des parturientes en difficulté, il exhorte l'enfant en train de naître à rester sur terre plutôt que de céder à la tentation de repartir vers le monde surnaturel d'où il est venu et aide à la délivrance de la mère. Après le décès d'un membre de la tribu, il détermine le nombre de jours que la dépouille du mort doit rester sans sépulture et accompagne l'âme jusqu'à son monde surnaturel qui lui est propre jusqu'à ce qu'elle puisse se réincarner dans le corps nouveau auquel elle est destinée. Il préside ensuite aux funérailles et écarte tous les mauvais esprits de la tombe et empêche le défunt de revenir troubler la vie des vivants.

Il a la maîtrise des éléments et sait donc influer sur les conditions atmosphériques locales et les rendre favorables aux intérêts de la tribu et sait susciter ou arrêter les chutes de pluie. Sur son ordre, les pluies fertilisantes amèneront les récoltes à maturité, permettant ainsi à la tribu de constituer des réserves et de survivre aux rigueurs de l'hiver à venir. Sur son ordre, les intempéries lui permettront de paralyser les mouvements des guerriers ennemis ou s'opposeront à la fuite du gibier traqué par les chasseurs. En conséquent, il arrive que des chamanes de différentes tribus ou clans soient obligés de s'affronter. Celui qui sera le plus puissant de par son Pouvoir, fera perdre connaissance à son rival. Cette démonstration ne répond pas au désir du chamane d'affirmer la valeur de son Pouvoir mais, de garantir la supériorité de sa tribu ou clan et celle d'assurer la meilleure réussite pratique comme la cueillette collective de baies et de racines et par conséquent, les meilleures chances pour les membres de la tribu de survivre aux rigueurs de l'hiver grâce aux réserves de nourriture ainsi constituées.  

Rang social
Dans la majorité des tribus, de par son autorité, le chamane est supérieur au chef. Chez les Cheyennes, le chamane se place au sommet de la hiérarchie sociale. Lorsque le chamane ne veut pas assumer de charge politique, il partage néanmoins avec le chef certaines prérogatives. Dans les tribus où les traditions ne font pas du chamane un personnage supérieur au chef, elles le placent au moins sur un pied d'égalité vis-à-vis de lui. Dans un mythe pawnee, le Grand Esprit dit : "Je vous donnerai un compagnon qui comprendra certains êtres et commandera à tous les esprits sur la Terre. Il apprendra d'eux les différents pouvoirs guérisseurs et sera votre égal".
Que ce soit pour déclarer la paix ou la guerre, ou pour fixer les dates et les lieux des cueillette, chasse et pêche ayant pour but la recherche de la subsistance, le chef de tribu prend auparavant conseil du chamane. Dans une grande réserve amérindienne, sur onze chamanes intérrogés, trois étaient chefs et un quatrième un guerrier hors du commun.

Etat psycho-physiologique du chamane

Un chamane est un être sain, parfaitement équilibré, en pleine possession de ses facultés et parfaitement maître de lui. L'acquisistion ou l'exercice de ses pouvoirs peut se trouver lié à un état de transe voire de possession. Contrairement à un medium, un chamane ne prête jamais son énergie à un esprit et reste en permanence pleinement conscient et maître de son corps, et les esprits ne viennent pas à lui, c'est lui qui fait appel à eux. S'il y a possession, c'est qu'elle a été pleinement consentie par lui, elle est temporaire et lorsque celle-ci cesse, il redevient tout à fait paisible et, contrairement au medium, il se souvient parfaitement des paroles qui ont été prononcées et de ce qui s'est passé.

Sexe
Comme chez les Cherokee, les hommes chamanes sont en général plus nombreux que les femmes chamanes. Mais, dans certaines tribus, le chamanisme reste à peu près monopolisé par les femmes comme chez les Yurok, les Wiyot ou encore les Tolowa (Californie). Cependant, dans certaines tribus, une femme ne peut devenir chamane qu'après la ménopause non par sexisme mais pour des raisons sécuritaires. En effet, les rites de guérison se pratiquent toujours à l'extérieur des villages avec interdiction formelle aux enfants et aux femmes enceintes de s'en approcher en raison des dangers encourus, les esprits guérisseurs n'étant pas des enfants de chœur, ils sont capables se venger durement sur ceux qui les perturbent ou viennent interrompre un rite. C'est un risque qu'encourt aussi le chamane qui, s'il ne prend pas ses précautions, peut être tué par eux si quelque chose venait à perturber ou interrompre le rite. C'est la raison pour laquelle, chez les Klallam et les Yuki, à côté de leurs chamanes qualifiés, se rencontrent des membres de la tribu auxquels les esprits ont accordé une compétence limitée pour soigner les morsures de serpents à sonnette et guérir les dommages provoqués au niveau des tissus, etc. par le venin. Ils acquièrent donc le minimum de pouvoirs indispensables et ne se soucient absolument pas de devenir chamanes à cause des risques qu'entraînent la profession. Les Amérindiens protégeaient et respectaient grandement les enfants, avenir de la tribu, et les femmes, symbole du principe féminin donneur de Vie. Donc, une femme chamane enceinte, pour des raisons évidentes, n'était pas apte à leur yeux à mener des guerriers au combat, des expéditions pénibles ou des rites de guérison dangereux.

Mœurs
Les hommes et les femmes chamanes témoignent dans leur grande majorité, de mœurs tout à fait normales. Le chamanisme n'implique n'implique ni célibat, ni interdiction d'avoir des enfants et très souvent, le conjoint du chamane lui sert d'assistant. Ils se marient souvent bien plus tard que les autres membres de la tribu, à l'expiration de la période consacrée à leur formation et à leur quête de pouvoirs. Le chamane tribal se comporte comme n'importe quel autre membre de sa communauté et quand celle-ci est réunie, seul son vêtement traditionnel et plus particulièrement sa plume de bernache fixée sur l'occiput par son serre-tête, permet de le ou la distinguer des autres membres de sa communauté. Lors de cérémonies ou de rites, il peut porter un masque ou des peintures sur son visage représentant les traits de l'esprit le plus puissant qui le protège, si celui-ci est celui d'un animal. Selon les tribus, ils portent une chevelure longue, courte ou taillée en crête.





Conclusion
De par ses fonctions et par les buts qu'ils se propose, la chamane tribal ou clanique est un être social par excellence, travaillant pour la tribu ou le clan dont il fait partie et contre les groupes adverses. De ce fait, les responsabilités et les charges qu'il assume, le placent au centre d'un systhème rigoureux de droits et de devoirs rendant sa position à la fois périlleuse et privilégiée.
Le plus souvent il ne se sépare pas foncièrement des autres membres de la tribu. Il concentre simplement au maximum les possibilités de ses pouvoirs qui naissent de tout contact avec les esprits et qui sont au minimum partiellement offertes aux autres membres. La distinction porte sur le degré, non sur la nature.
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