Principes de l'intuition scientifique

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Principes de l'intuition scientifique

Message  patanjali le Sam 20 Jan 2018 - 18:35

Existe-t-il un fondement de l’intuition scientifique ?

Beaucoup de scientifiques parmi les plus éminents témoignent de l’importance de l’intuition  dans la recherche. Les plus inventifs tels que Descartes, Poincaré, Pauli ou Einstein admettent que l’intuition suit l’observation mais précède la  raison.

René Descartes supposait une science innée contenant les premiers rudiments de la raison. Il a écrit dans une correspondance avec la reine Christine de Suède : [1]
L'esprit humain possède en effet je ne sais quoi de divin, où les premières semences de pensées utiles ont été jetées, en sorte que souvent, si négligées et étouffées qu'elles soient par les études contraires, elles produisent spontanément des fruits. Nous en avons la preuve dans les plus faciles des sciences, l'arithmétique et la géométrie. ... Quoique je doive souvent parler ici de figures et de nombres, parce qu'on ne peut demander à aucune science des exemples aussi évidents et certains, quiconque considérera attentivement ma pensée s'apercevra facilement, que je ne songe nullement ici aux mathématiques ordinaires, mais que j'expose une autre science, dont elles sont l'enveloppe plus que les parties. Cette science doit en effet contenir les premiers rudiments de la raison humaine et n'avoir qu'à se développer pour faire sortir des vérités de quelque sujet que ce soit; et, pour parler librement, je suis convaincu qu'elle est préférable à  toute autre connaissance que nous aient enseignées les hommes, puisqu'elle en est la source.
La métaphysique de Descartes, par sa distinction de la réalité externe (res extensa) et de la réalité pensée (res cogitans), et par la conclusion "je  pense donc je suis", était conforme à la trilogie des hypostases néoplatoniciennes (L'Un, l'Intellect et le monde animé) que Nicolas de Cues avait rappelées. Mais la postérité n'a retenu que le pragmatisme de la méthode analytique, ignorant et refusant les principes métaphysiques.

Ludwig von Bertalanffy
a constaté dans la nature  des isomorphismes qu'il a attribués à des homologies logiques. Il a distingué trois niveaux dans la description des phénomènes dans sa Théorie du système: [2]
En premier lieu il y a les analogies, c'est-à dire les similitudes superficielles de phénomènes qui ne se correspondent ni par leurs causes ni par les lois qui les gouvernent. ... En second lieu il y a les homologies. Ce sont les cas où les facteurs qui agissent sont différents mais où les lois sont identiques sur le plan formel. Ces homologies ont en science une importance considérable comme modèle conceptuel. ... Le troisième et dernier niveau, c'est l'explication, c'est-à-dire l'énoncé de lois et de conditions particulières valables pour un objet précis ou pour une classe d'objets. ...

Cette étude  s’intéresse en particulier aux homologies logiques. De quoi s’agit-il ? Si un objet est un système, il doit posséder certaines caractéristiques générales des systèmes, quelle que soit par ailleurs sa nature. L’homologie logique rend possible l’isomorphisme entre les sciences, mais elle est en outre capable, en tant que modèle conceptuel, de donner des instructions pour bien appréhender et éventuellement expliquer les phénomènes. ...

L'homologie entre les caractéristiques des systèmes n'implique pas la réduction d'une discipline à une autre de niveau inférieur. Il ne s'agit pas non plus d'une simple image, d'une analogie; c'est plutôt une correspondance formelle qui existe dans la réalité, ceci dans la mesure où on peut la considérer comme formée de "systèmes"  de toute sorte".

L'unité de la science est obtenue, non pas par une réduction utopique de toutes les sciences à la physique et à la chimie, mais grâce aux uniformités structurelles qui existent entre les différents niveaux de la réalité.

L'homologie était connue dans l'Antiquité et le Moyen-âge comme "analogie de proportionnalité", une logique des relations  unificatrice qui  a toujours fait partie de la manière naturelle de penser. Elle a été oubliée à l'époque moderne, étant confondue avec l'analogie d'attribution des poètes qui défie plutôt la logique. L'homologie logique suppose des principes ou thèmes premiers formant le modèle général des systèmes.

Benoit Mandelbrot a démontré en effet par la théorie des fractales que les isomorphismes sont produits par la récurrence d'un même processus logique formulé par un algorithme. La même dynamique fondée sur les mêmes principes et lois produit des formes semblables à tous les niveaux de grandeur dans l'espace et le temps. [3]

Wolfgang Pauli a écrit dans une correspondance à Markus Fierz (1948) [4]
Quand on analyse l'étape préconsciente des concepts, on trouve toujours des idées qui consistent en "images symboliques". La première étape de la réflexion est une vision peinte de ces images intérieures dont l'origine ne peut être réduite seulement et principalement à la perception sensuelle mais qui sont produites par un «instinct d'imagination» et qui sont reproduites indépendamment par des individus différents, c'est-à-dire collectivement. Mais l'image archaïque est aussi la prédisposition nécessaire et la source d'une attitude scientifique. À une compréhension totale appartiennent aussi ces images desquelles ont grandi les concepts rationnels.

Quelle est maintenant la réponse à la question du pont entre la perception des sens et les concepts, qui se réduit maintenant à la question du pont entre les perceptions extérieures et ces représentations intérieures ressemblant à une image. Il me semble qu'il faut postuler un ordre cosmique de la nature - en dehors de notre arbitraire - auquel sont soumis les objets matériels extérieurs comme le sont les images intérieures ... L'organisation et la régulation doivent être posées au-delà de la différenciation physique et psychique. ... Je suis tout à fait pour appeler cela "archétypes d’organisation et régulation". Il serait alors inadmissible de les définir comme contenus psychiques. Au contraire, les images intérieures mentionnées ci-dessus (dominantes de l'inconscient collectif, voir Jung) sont les manifestations psychiques des archétypes, mais qui devraient produire et conditionner toutes les lois de la nature appartenant au monde de la matière. Les lois de la nature sur la nature seraient alors la manifestation physique des archétypes.
Pauli signifie par le pont entre le physique et le psychique une complémentarité logique, sur la base d'une origine commune et de principes identiques dont les manifestations psychiques ont la nature symbolique des archétypes de Jung.

Gerald Holton, historien et physicien, a étudié la genèse des grandes découvertes dans l’imagination des physiciens, en consultant leurs correspondances, plus personnelles que scientifiques, révélant leur pensée intime. Il a  écrit: [5]
Dans beaucoup (peut-être la plupart) des concepts passés et présents, méthodes et propositions ou hypothèses de la science il y a des éléments qui fonctionnent comme des "themâta" contraignant ou motivant l'individu et parfois guidant (normalisant) et polarisant la communauté scientifique. Dans sa propre présentation publique de son travail et dans toute discussion scientifique ultérieure, ces questions ne sont pas explicitement mentionnées par le scientifique.

Une trouvaille de l'analyse thématique … est le couplage fréquent de deux thèmes en mode antithétique, … tels que évolution et régression, constance et changement , complexité et simplicité , réductionnisme et holisme , hiérarchie et unité, l'efficacité des mathématiques  par rapport à l'efficacité des modèles mécanistes - ne sont pas trop difficiles à discerner …
J'ai été impressionné par le petit nombre de thèmes qui existent- au moins dans les sciences physiques. J'en ai trouvé environ 50 simples et doubles et occasionnellement  triples jusqu'à présent, et je suppose que le total se révélera être inférieur à 100.
Holton aborde la divergence entre holisme traditionnel et réductionnisme scientifique dans un chapitre intitulé Analyse et synthèse. Il y  soutient la position médiatrice platonicienne selon laquelle les deux méthodes opposées sont complémentaires et indissociables comme dans le célèbre problème de l'origine de la poule ou de l'œuf. Il rappelle que Platon et Descartes exigeaient que la recomposition succède à l'analyse et il conclut:
En effet, la dichotomie de l'analyse et de la synthèse est elle-même le reflet de l'existence d'un couple fondamental thématique. [….] La meilleure caractérisation terminologique unique pour le couple Analyse et synthèse peut, cependant, être l'opposition Différenciation et Intégration.
Il fait explicitement allusion à la logique des analogies propre aux théories traditionnelles des éléments :
Sur le plan méthodologique, la théorie évoque, plus qu'en simple écho, un schéma plus ancien de catégories quadruples, un schéma qui a eu un si magnifique succès qu'il a aidé à rationaliser les phénomènes observables pendant quelque 2000 ans: les quatre éléments, avec leur propre hiérarchie interne, du plus léger au plus lourd, et leurs propres règles d'interaction.
Quel est le rôle des éléments traditionnels ? (à suivre)

Références
1) SACY de S. - Descartes. - Ecrivains de toujours / Seuil, Paris 1985.
2) Ludwig von Bertalanffy. – Théorie générale des systèmes / Dunod, 1987
3) Benoit Mandelbrot. – Les objets fractals  / Flammarion, 1989
4) Citations dans: Wikiquote Wolfgang Pauli.
5) Gerald Holton. – The scientific imagination / London 1998
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Re: Principes de l'intuition scientifique

Message  patanjali le Lun 22 Jan 2018 - 19:16

Quel est le rôle des éléments traditionnels ?

Des idée, formes ou modèles de Platon aux causes d'Aristote

Platon, dans Timée 31b-32a,  attribue l'unité du monde et du vivant à trois éléments, le feu, la terre et un troisième qu'il attribue à la proportion, qui est à l'origine de la diversité qualitative et qui correspondrait à l'élément air.
Il a écrit:
C'est donc bien pour que le monde ressemblât par son unicité au vivant total, que celui qui a fabriqué le monde n'en a pas fait deux ou une infinité; aussi notre ciel a-t-il été engendré seul de son espèce, et il le restera.C'est évidemment corporel que doit être le monde engendré, c'est-à-dire visible et tangible; Or, sans feu rien ne saurait jamais devenir visible; et rien ne saurait par ailleurs être tangible sans quelque chose qui soit solide; or rien ne saurait être solide sans terre. De là vient que c'est avec du feu et avec de la terres que le dieu, lorsqu'il commença de le constituer, fabriqua le corps du monde. Mais deux éléments ne peuvent seuls former une composition qui soit belle, sans l'intervention d'un troisième; il faut en effet, entre les deux, un lien qui les unisse. Or, de tous les liens, le plus beau, c'est celui qui impose à lui-même et aux éléments qu'il relie l'unité la plus complète, ce que par nature, la proportion réalise de façon la plus parfaite. "

Aristote, a repris les idées de son maître Platon en les  définissant comme les quatre causes de la création et organisation du monde

  1. L'unicité de l'ensemble devient cause finale
  2. Le pouvoir de transformation du feu devient cause efficiente.
  3. La solidité de la terre devient cause matérielle.
  4. La composition de formes belles devient cause formelle.

Des principes pythagoriciens à leur interprétation par Nicolas de Cues

Nicolas de Cues dans De coniecturis rappelle par son interprétation plotinienne de la tétraktys qu'avant Platon les pythagoriciens avaient déjà conçu les principes cosmiques, les symbolisant  par les nombres entiers de 1 à 4.

  • Le nombre 1  est le principe premier et final de l’unicité, qu’il appelle Un
  • Le nombre 2  est le principe efficient de toute relation unificatrice, cognitive ou active, C'est le principe de "coïncidence des opposés", du sujet et de l'objet, qu’il appelle Intellect
  • Le nombre 3  est le principe formel d’organisation en tant qu’être animé ou inanimé, qu’il appelle Âme.
  • Le nombre 4 enfin est le principe matériel d’identité des personnes ou choses. Il est défini par les proportions individuelles des quatre éléments. (terre, eau, feu et air).

Les trois premiers principes logiques ne sont pas perceptibles par les sens. Ils sont universels et transcendants, hors de l'espace et du temps. Le quatrième est circonstanciel, lié aux sens, à l'espace et au temps.
C'est des pythagoriciens aussi que Nicolas de Cues tient la conception cosmologique selon laquelle le centre est partout et la limite nulle part, propos qui sera repris par Giordano Bruno.

De la trilogie indienne des Gunas à celle du taoïsme
La philosophie indienne du Samkhya-yoga est analogue à la cosmologie pythagoricienne.

Le Samkhya est une cosmologie qui admet une forme de causalité  (udana). Il décrit l’involution de l’unité spirituelle vers la multiplicité matérielle. L’unité première se départage en dualité puruja (sujet conscient) et prakriti (objet inconscient). Celui-ci se révèle par trois qualités, les trois gunas : sattva, la lumière (formel), rajas, l’activité (efficient) et tamas, l’inertie (matériel). Les Gunas comportent chacun deux aspects, ce qui conduit à six éléments, principes d’action et de sensation.

Le Yoga apparenté, du Mahâbhârata, de la Bhagavad-Gîtâ et du Yoga-sutra de Patanjali est une pratique qui décrit l’évolution de l’individu du niveau matériel au niveau spirituel. Il connaît les trois gunas: - sattva, rajas et tamas - dans le sens psychologique de pureté, passion et ignorance, interprétations que l'on retrouve dans la psychologie du bouddhisme tibétain.
Les gunas sont donc des principes transcendants, indéfinissables en soi, mais définissables par analogie dans chaque domaine particulier de la connaissance.

La cosmologie du taoïsme est semblable. L’Un indifférencié est appelé Tao, il se révèle par la dualité formelle du symbole taiji, base des trigrammes du Yi King, et  en médecine traditionnelle chinoise (MTC) par une tri-unité comprenant qi, principe vital (formel), yang principe actif (efficient) et yin, principe inertiel (matériel). Ces trois principes sont étroitement liés aux éléments de la MTC qui servent de repères au diagnostic  et à la thérapie holistique.

A part la différence des termes, les principes chinois et indiens se distinguent par la perception de leur sens.  Les éléments indiens  désignent des qualités, les éléments chinois des étapes d'une évolution cyclique.

Les théories holistiques des éléments sont omniprésentes dans l'histoire et la géographie des cultures. Mais les désignations, les significations et le nombre des principes varient. Ils sont 3, 4, 5, 6, 7, 9, ou 12 selon les développements de points de vue particuliers. Mais ils sont toujours des points de repère indissociable du Tout, de l'Unité symbolisée par un cercle. Mais le minimum de points définissant le cercle est le nombre Trois.

Comment interpréter le SENS des principes et éléments traditionnels ? (à suivre)
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Re: Principes de l'intuition scientifique

Message  patanjali le Sam 27 Jan 2018 - 3:00

Comment interpréter le SENS des principes et éléments traditionnels ?

Le mot SENS peut être compris de plusieurs manières :
- comme une faculté particulière de perception telle que la vue et l’ouïe;
- comme faculté générale telle que le bon sens,  faculté de bien juger, ou le sens commun, manière habituelle ou consensuelle de juger;
-  comme orientations contraires positive ou négative d’un mouvement ou d’une évolution dans l’espace ou le temps;
-  enfin comme signification,  soit comme  définition limitée d’un mot ou d’un signal, soit comme compréhension intuitive d’un symbole.

Lorsque je parle ici de SENS, il s'agit de significations symboliques étendues à tout objet de connaissance, à tout ensemble ou système organisé. Le Sens indique aussi une orientation dans le choix entre possibilités contraires.
Lorsque je parle d'INFORMATION, c'est dans le sens étymologique "Action de donner ou de recevoir une forme.", selon la définition du cnrtl qui cite Proudhon comme exemple: - " Dieu est la force universelle, pénétrée d'intelligence, qui produit par une information d'elle-même, les êtres de tous les règnes, depuis le fluide impondérable jusqu'à l'homme "(, Confess. révol.,1849, p. 68).

En effet, l'Esprit-Dieu, soit l'Univers ou la Nature, est en lui-même l'Instruction qui produit par homologie  (ou exemplarité selon le terme de Nicolas de Cues) les êtres de toute dimension formant la hiérarchie  du monde depuis la dimension du quantum jusqu'à celle de la galaxie. C'est cette Instruction (étymologiquement production de structure) que Giordano Bruno symbolisait par le triple minimum de la monade.

L'information est une instruction sous forme d'une suite de signes tels que les sons de la voix, les lettres de l’alphabet ou les  bits de l’informatique. Elle n’a pas de sens en elle-même; le sens lui est donné par une convention commune à l’expéditeur et aux récepteurs.

Descartes  supposait une information ou science première,  commune à l'intelligence de tous les hommes et qu’il appelait bon sens. Von Bertalanffy l'attribuait, comme Platon, à une logique de proportionnalité qu'il appelait homologie. Pauli en décrivait  les principes premiers comme des  images préconscientes, archétypiques. Holton les a trouvées dans la pensée des physiciens sous forme de themâta se présentant par couples de sens opposés, en les comparant aux éléments de la Tradition.
Holton a écrit:Sur le plan méthodologique, la théorie [thématique NdT] évoque plus qu'en simple écho, un schéma plus ancien de catégories quadruples, un schéma qui a eu un si magnifique succès qu'il a aidé à rationaliser les phénomènes observables pendant quelque 2000 ans: les quatre éléments, avec leur propre hiérarchie interne, du plus léger au plus lourd, et leurs propres règles d'interaction.

Comment comprendre les éléments éther, air, feu, eau, terre de la tradition  et les traduire en termes abstraits dans le sens des themâta de Holton ?

Je me suis intéressé aux théories des éléments indiennes et chinoise, cherchant à comprendre comment elles représentent l'unité individuelle de l'homme et la permanence de son identité malgré les changements qui l'affectent dans le temps, à travers les vicissitudes de l'évolution personnelle, du vieillissement et des maladies.
J'ai trouvé ce qui est universel et commun à la pensée humaine, occidental et orientale, en rapprochant par homologies les thèmes de Holton avec les éléments des traditions médicales ayuvédiques et chinoises. Cela a été possible en raisonnant par homologies en référence aux bases principales suivantes:

  1. - La reconnaissance que les dualités de thèmes de Holton sont toutes réductibles aux sens premiers ayant servi à définir des mesures de la matière (force/masse) de l'espace (un/multiple) et du temps (passé fini/ avenir indéfini).
  2. - Le rapprochement de la trilogie des gunas et le yin-yang-qi chinois, avec les notions physiques de structure, énergie et information, qui apparaissent comme conditions de l'auto-organisation dans les "structures dissipatives" de Prigogine (lien)
  3. - Les "images fonctionnelles" des éléments de MTC décrites en termes abstraits de notre époque, dans un livre de l'acupuncteur allemand Jochen Gleditsch, (lien), qui permettent d'établir les homologies entre les éléments chinois et les thèmes de Holton.

Le raisonnement synthétique, qui exige d'abord une logique de complémentarité des contraires associée à une logique d'homologies ou d'analogie de proportionnalité, est développé en détail dans le livre Les Trois "Visages de la Vie" et de manière résumée sur mon site ou dans le livre en ligne "Retour au Bon Sens" (troisième partie, pages 44 et suivantes) dans un contexte civilisationnel plus général.

La synthèse et conclusion sous forme d'un modèle général des systèmes est représentée par les deux versions, traditionnelle et systémique, du schéma appelé "modèle d'intégration fonctionnelle" (MIF). Elle repose essentiellement sur la trilogie universelle (yin-yang-qi ou les gunas tamas-rajas-sattva) interprétée dans le sens des principes d'auto-organisation (matière-énergie-information).



La tradition ayurvédique dit que les trois gunas sont des aspects indissociables d'un tout et que chacun des gunas correspond à deux éléments. Ceux-ci expriment donc les rapports respectifs des gunas. Les qualités individuelles sont réductibles aux proportions des trois principes premiers, exactement comme les nuances des couleurs résultent des proportions de trois couleurs principales, le bleu, le rouge et le vert.

A quoi le modèle général des systèmes peut-il servir en science ? (à suivre)
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Re: Principes de l'intuition scientifique

Message  patanjali le Mer 31 Jan 2018 - 6:18

A quoi sert le modèle d'intégration fonctionnelle (MIF) ?


Le MIF est avant tout, un modèle  systémique et transdisciplinaire fondé sur les conditions de l'auto-organisation des "structures dissipatives" de Prigogine. C'est aussi une méthode possible pour évaluer l'état global d'un système, comme celle des médecines traditionnelles orientales. Le modèle de système ouvert auto-organisé est en effet issu de l'interprétation des trilogies traditionnelles par les trois conditions de l'auto-organisation:  la structure complexe, l'apport d'énergie cohérente et les informations de l'environnement.
Je désigne ces conditions par les causes d'Aristote, matérielle, efficiente et formelle, la cause finale étant leur corrélation.


La systémique et la transdisciplinarité ont pour objet la compréhension du monde complexe et le rétablissement de l’unité de la connaissance.

La systémique étudie l’organisation de l’univers et des êtres ou systèmes qui le composent. Elle  est fondée sur des relations plutôt que sur les éléments matériels constitutifs. Les principes logiques de ces relations sont les homologies de von Bertalanffy et le principe d'antagonisme de Lupasco.

La transdisciplinarité
cherche un langage commun aux différentes sciences. Basarab Nicolescu postule une méthode ternaire centrée sur le principe d'antagonisme de Lupaco et son tiers inclus: l'état T compris entre l'actualisation  (état A) et la potentialisation (état P).

Les scientifiques attachés à la logique de non-contradiction et à l’analyse ont  ignoré le principe du tiers inclus et l’homologie qu'ils estiment irrationnels. Par conséquent, la systémique scientifiquement reconnue a été réduite aux rétroactions des modèles cybernétiques et robotiques. La transdisciplinarité est déconsidérée comme une simple attitude intellectuelle postulant l'unité de la connaissance. Quant à l'auto-organisation de Prigogine, l'establishment scientifique la refuse et l'ignore malgré son prix Nobel parce qu'elle introduit une part d'indétermination intrinsèque (l'instabilité des systèmes complexes) qui contredit le dogme du déterminisme mathématique censé diriger le monde.


Le MIF se distingue des tentatives d'unification précédentes, y compris de celle de Nicolescu, parce qu'il se réfère essentiellement à l'auto-organisation selon Ilya Prigogine  et aux trois conditions qu'elle implique: la complexité de la structure, la cohérence ou orientation de l'apport d'énergie, et les influences dites "aléatoires" du milieu environnant, qui sont en réalité des informations de l'environnement de nature physique diverse.


En théorie, selon le MIF, l’intégration des trois conditions, homologues aux causes matérielle, efficiente et formelle se fait par trois antagonismes de thèmes dont les sens se rapportent à la matière, à l’espace et au temps.
En physique, Prigogine explique la cohérence de l'auto-organisation et l'indétermination qui lui est inhérente, suivant l'explication par Poincaré du "problème des trois corps", à des résonances entre "degrés de liberté".
Ivanov démontre que l'auto-organisation de plusieurs oscillateurs se fait par la corrélation de phase des ondes stationnaires qui les réunissent. Il s'agit bien d'une coordination des "degrés de liberté" des oscillateurs.

Le MIF, même si par son abstraction il se situe sur un autre niveau plus intellectuel que celui des applications concrètes, ne se réfère nullement à une réalité irrationnelle, psychique ou spirituelle, telle que le tiers inclus ou tiers caché selon Nicolescu. Il reste sur le plan rationnel en généralisant par homologies les conditions d'auto-organisation à n'importe quel niveau de la nature manifestée, depuis l'organisation quantique ou thermodynamique jusqu'à l'organisation galactique ou à l'organisation biologique dont fait partie l'intelligence humaine.

Néanmoins, la compréhension de l'unité d'organisation de l'univers exige la logique d'homologie de von Bertalanffy, connue comme analogie de proportionnalité par la Tradition,  et la logique d'antagonisme et du tiers inclus de Lupasco.
Ces logiques font partie désormais de la science, même si les autorités scientifiques les refusent en tant que logiques en raison de leur attachement à la non-contradiction, au déterminisme mathématique et au matérialisme physique.

L'homologie est justifiée par le processus de sa formation selon la théorie ou méthode des fractales.
Le principe d'antagonisme est bien connu comme rétroaction et le tiers inclus ou état T n'est nullement irrationnel mais désigne l'équilibre entre états extrêmes, formalisable par leur moyenne géométrique et assimilable à un  état attracteur.
Quant aux structures dissipatives dont la communauté scientifique veut ignorer l'importance parce qu'elles mettent fin à ses certitudes, elles sont bénéficié d'un prix Nobel.


Le MIF  sert avant tout à comprendre l'univers, la vie et l'intelligence humaine sur la base de l'auto-organisation universelle.
Mais comment appliquer cette compréhension aux sciences particulières ? (à suivre)
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Re: Principes de l'intuition scientifique

Message  patanjali le Sam 3 Fév 2018 - 18:25

Comment appliquer le modèle systémique en science ?

Le spectre d'expression systémique (SES)
Les trois qualités principales, comme les trois couleurs principales,  représentent des aspects indissociables du tout, de l'ensemble appelé système, mais leurs proportions sont variables. Exactement comme les proportions des trois couleurs déterminent une nuance de couleur particulière, l'état d'un système, son équilibre global, peut être défini par les proportions des trois  qualités premières, les trois principes interprétés comme conditions ou causes matérielle, efficiente et formelle.
Les éléments ne sont rien d'autre que les expressions différenciées des rapports réciproques des trois principes du MIF deux par deux, sous forme de trois antagonismes corrélés. La corrélation des trois antagonismes peut être représentée par trois axes orthogonaux  d'un octaèdre, dont les sommets sont les éléments ou thèmes.
En représentant l'octaèdre posé sur un plan par une de ses faces, on obtient par projection une étoile à six branches, formée par la superposition du triangle de base et du triangle sommital, inscrite dans un hexagramme et un cercle.

 

Le spectre des propriétés fonctionnelles
Dans l'hexagramme, les six thèmes sont des points de repère équidistants du cercle qui représente le Tout.. Trois côtés de l'hexagramme délimités par deux thèmes représentent les trois principes matériel, efficient et formel aux couleurs principales bleu, rouge et vert. Trois côtés opposés représentent des qualités contraires aux couleurs complémentaires jaune, turquoise et magenta.
On obtient ainsi un cercle coloré correspondant au spectre des couleurs, avec un axe vertical entre triangle inférieur sombre et triangle supérieur clair qui correspond à la luminosité, exactement comme cela est formulé numériquement par le logiciel des colorations de nos traitements de texte.


Exemples de spectres d'expression systémique (SES)
Appliqué par analogie à l'anatomie, cela donne à peu près ce schéma compatible avec les correspondances entre éléments et organes en médecine traditionnelle chinoise. L'organogénèse se développe à partir des trois feuillets embryologiques au centre, par l'intermédiaire des tissus qui en dérivent vers les organes définitifs en périphérie.


Appliqué aux affectivités ou tempéraments psychologiques, cela donne à peu près le schéma suivant où les sentiments positifs dans le cercle extérieur sont opposés à des sentiments diagonalement contraires dans le cercle intérieur.

Les deux schémas comparés donnent des lignes directrices pour la psychosomatique.

De cette manière analogique, tout système peut être évalué numériquement comme spectre d'expression systémique (SES), à condition de définir trois repères analogues aux principes matériels efficients et formels. Les trois conditions de l'auto-organisation sont omniprésentes et indispensables à tout genre d'organisation. Sur mon site j'en ai présenté les exemples des médecines traditionnelles orientales; j'en ai déduit des exemples en  biologie et médecine; j'en ai reconnu en  sociologie  économie et politique; et j'en ai trouvé en  physique.

Un exemple de réalisation avantgardiste
Les trois repères peuvent être définis par analogie comme axiomes dans un contexte précis. Mais s'ils ne sont pas connus a priori, ils peuvent être mis en évidence par des études statistiques. Un exemple en médecine est une méthode de diagnostic fondée sur l'étude statistique des protéines sériques mise au point initialement par un groupe de médecins français aux conceptions holistiques. Elle est basée sur une série des tests automatiques effectués sur le sérum sanguin et le traitement statistique par l'informatique. L'association de médecins s'appelait à l’origine CEIA (centre européen d'automatisation et d'informatique) et se présente aujourd'hui sous le nom de PROTEOMIS.
L'étude a révélé trois groupes dont les tests, représentés dans les couleurs  bleu rouge, sont réunis dans un graphique exprimant une image de l'équilibre global qui donne des indices concernant les risques de pathologies. Bien différent des analyses classiques sélectives, ce bilan ne cible pas des pathologies déjà établies mais renseigne sur l'équilibre de l'état général, donne des indications sur les risques et propose des thérapies naturelles préventives.
Je connais la méthode pour y avoir participé autrefois comme utilisateur. La méthode ne se réfère à aucune doctrine préétablie, elle n'a aucun rapport avec les médecines traditionnelles orientales mais elle a contribué à me faire comprendre leurs théories des éléments.

 
Ce dernier schéma montre de manière très générale la relation des trois groupes de protéines avec les pathologies. Les spécialistes de la méthode peuvent tirer d'un bilan des conclusions beaucoup plus précises.

Comme les précédents schémas, celui-ci n'est qu'une approximation personnelle qui n'engage que moi.
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Re: Principes de l'intuition scientifique

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