Les traditions chinoises

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Les traditions chinoises

Message  patanjali le Lun 27 Aoû 2018 - 9:46

Je ne prétends pas connaître assez la civilisation chinoise pour pouvoir la juger dans tous les détails de sa complexité. Mes réflexions personnelles sont alimentées par mes études de la médecine traditionnelle chinoise, par mon adhésion passée aux principes du bouddhisme (sans être pratiquant) et par ma lecture actuelle de deux livres de Cyrille J.-D. Javary : « Sagesse de Confucius » et « Les sagesses chinoises ». Elles sont motivées par la nécessité de mieux comprendre la pensée et l’action de la Chine nouvelle devenue première puissance économique.

La civilisation chinoise est fondée sur trois traditions : le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme. Les trois se complètent dans une sagesse commune dont le taoïsme est la conception cosmologique, le confucianisme une application socio-politique et le bouddhisme son aspect psychologique.

Le taoïsme est la tradition la plus ancienne, dont les origines remontent au néolithique et à son chamanisme. C’est une philosophie de la nature, de la vie comprise comme un fonctionnement, appelé tao, entre aspects opposés appelés yin et yang. Sa sagesse a été rédigée par Lao Tseu dans le Tao te king au sixième siècle et cinquième siècle avant notre ère, époque d’autres grands philosophes ésotériques (Bouddha, Pythagore, Socrate). Mais il semble que Lao Tseu ne soit qu’un pseudonyme signifiant littéralement ‘fils d’ancêtre’, c'est-à-dire tradition.
Le taoïsme est une philosophie de la nature et du présent. Il conçoit le cosmos et la vie comme un fonctionnement cyclique ou alternatif entre états contraires yin et yang, mus par des forces spirituelles subtiles, invisibles, appelées qi. Le Tao n’est pas un dieu mais la source du fonctionnement cosmique. Origine unique des états contraires du monde manifesté il en est le tiers inclus universel qui ne  peut être qualifié par aucune propriété.

Le confucianisme, comme le nom l’indique, remonte à Confucius qui a vécu entre les milieux des sixième et cinquième siècle comme Lao Tseu. C’est une philosophie et éthique sociale qui règle les relations familiales, sociétales et politiques.
Confucius était un réformateur à une époque perturbée par de nouvelles technologies, celles du fer, qui, comme à notre époque, favorisèrent l’enrichissement d’une caste aristocratique aux dépens de l’ensemble de la population. La révolution initiée par Confucius (Kong zi), descendant défavorisé de la famille aristocratique Kong,  fut la fondation d’une école privée renouvelant les connaissances traditionnelles compilées par les dynasties précédentes  pendant les millénaires précédents. Son enseignement était essentiellement une réforme éthique respectant l’ordre hiérarchique de la société, exigeant la dévotion dû aux ancêtres, le respect envers les aînés et les autorités, la protection indulgente des puinés et subordonnés et la justice et loyauté envers les pairs, selon la règle simple de ne pas faire aux autres ce qu’on ne veut pas qu’ils nous fassent.
Nommé intendant impérial, il fut cependant empêché de réaliser ses projets de réforme politique et démissionna pour se consacrer à son école en parcourant le pays. Ce sont ses proches disciples qui instituèrent des études nationales (guoxue) formant des lettrés qui devenaient après examens fonctionnaires impériaux. Cette nouvelle noblesse par le mérite et non pas par la naissance favorisa la puissance et prospérité des dynasties suivantes. Mais les réglementations trop strictes et la corruption causèrent des révoltes et insurrections successives et discréditèrent le confucianisme.
Le confucianisme est une éthique et philosophie tournée vers le passé. Il voue un culte aux ancêtres, non pas comme des dieux mais par reconnaissance pour leur contribution à la tradition. Ce qu’on reproche au confucianisme, c’est la rigidité simpliste des réglementations et la misogynie qui réduisit la femme au simple rôle familial de reproduction.

Le bouddhisme, philosophie d’origine indienne, serait parvenu en Chine par la route de la soie, au premier siècle de notre ère, depuis la civilisation gréco-bouddhiste du Gandhara (Afghanistan) connue par ses statues de Bouddha monumentales,.  Le bouddhisme de lignée vajrayana, variante du tantrisme indien proche du chamanisme d’Asie septentrionale, était répandu aussi dans les cultures voisines, tibétaine, mongole et mandchoue ; compatible avec les croyances taoïstes, il a pu être adopté sous une forme spécifiquement chinoise. Mais il introduisit des notions fondamentalement nouvelles et  révolutionnaires qui choquérent les lettrés confucéens. La notion d’un destin individuel, la doctrine du karma, du bardo et des réincarnations étaient contraires à leur tradition. L’éthique bouddhiste étendue aux animaux, la valorisation du statut de la femme comme personne, indépendamment de ses relations familiales, le monachisme et le célibat des moines, étaient contraires aux coutumes fondées sur les sacrosaintes relations familiales.

Le bouddhisme est une philosophie ou plutôt une psychologie tournée vers l’avenir dans le sens d’une réalisation spirituelle à atteindre par la pratique  individuelle, fondée sur la croyance en une réalité transcendant la vie et à la nature illusoire du monde manifesté.

L’histoire de Chine, plusieurs fois millénaire, a été une agitation permanente, une succession de dynasties impériales aux réglementations conventionnelles séparées par des insurrections paysannes exigeant des réformes. Le maoïsme du vingtième siècle n’en est que la dernière. Le gouvernement de Mao, son « Grand bond en avant » et sa « révolution culturelle » s’opposant aux traditions ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Réformé par Deng xiaoping, le communisme proche de la tradition confucéenne, s’est ouvert partiellement aux l’initiatives économiques privée et aux traditions nationales taoïste et bouddhiste. Mais le gouvernement actuel dirigé par Xi Jiping contrôle les spéculations, combat la corruption présente dans toute bureaucratie et exclut les religions sectaires, établissant un équilibre entre les intérêts collectifs, nationaux, et les libertés individuelles.
La Chine reste fidèle à ses traditions ancestrales, promues par les études nationales, en témoigne l’extrait d’article :
Chine : vision(s) de la tradition, par Nicolas Idler:
Les Chinois ont toujours été très soucieux de valoriser leur passé et d’en extraire des codes de valeurs. La Chine d’après la Révolution culturelle a connu plusieurs « fièvres » successives, des engouements académiques et populaires : fièvre culturelle dans les années 80, fièvre du néoconfucianisme dans les années 90 et, depuis quelques années, fièvre des études nationales, des guoxue. Bien que ce discours sur les études nationales ait été produit par les sphères académiques (philologie, histoire, esthétique), il implique l’ensemble de la population : en effet, la tradition offre un refuge à une population chinoise en quête de nouvelles valeurs et d’une identité à redéfinir après plusieurs décennies de maoïsme. La télévision chinoise diffuse de nombreux programmes sur la tradition : des émissions documentaires, animées par des universitaires célèbres comme par exemple Yu Dan [6], des séries télévisées mettant en scène des personnages historiques ou fictifs des dynasties impériales, des dessins animés pour les enfants illustrant les Entretiens de Confucius et d’autres Classiques canoniques chinois. En peinture également, un retour à la tradition s’observe aujourd’hui, après la vague de l’art contemporain chinois hyper politisé des années 80 et 90. Un peintre comme Fan Zeng, qui est aujourd’hui le peintre le plus coté de Chine, est emblématique de ce retour à la tradition classique. À l’université, les départements d’« études nationales » se multiplient, depuis la création en 1984 de la première Académie de la culture chinoise, par Tang Yijie, puis par celle, en 1992, d’un Centre de recherche sur la culture traditionnelle chinoise à l’université de Pékin. Le Quotidien du peuple consacra deux pleines pages à la création de ce Centre de recherche, première fois depuis le mouvement de juin 1989 que le quotidien officiel publiait des informations sur cette université d’où une partie du mouvement pour la démocratie avait surgi.
[6] Yu Dan, Le Bonheur selon Confucius, Belfond, 2009.

La Chine a su s’adapter aux technologies et à la manière de vivre occidentale tout en conservant son identité fondée sur ses traditions et protégée par son écriture inaccessible au commun des Occidentaux. Mais la pensée chinoise, différente de la pensée européenne de tradition humaniste gréco-romaine et monothéiste judéo-chrétienne désarçonne l’entendement occidental façonné sur le modèle d’Aristote.

La Chine ne connaît  pas de religion ni de dieu créateur. Le Tao est le Mystère de l’Origine, du fonctionnement cosmique et de la vie, immanent à la Nature.. La dévotion aux ancêtres taoïstes ou aux bodhisattvas bouddhistes ne s’adresse pas à des hommes divinisés mais aux sagesses qu’ils ont apportées et qu’ils représentent.

La cosmologie chinoise ne conçoit pas le monde comme un Être statique dans le sens de l’ontologie aristotélicienne ou comme matière dans celui du matérialisme scientifique. Le monde est un tissu de relations, un Devenir dynamique et périodique.

La logique chinoise ne reconnaît pas de vérités absolues dans le sens des principes aristotéliciens d’identité, de non-contradiction et du tiers exclu. La logique chinoise est celle du fonctionnement, de la complémentarité des contraires yin-yang dans les mouvements périodiques naturels et vitaux.
L’éthique chinoise reste fidèle au principe confucéen de  la hiérarchie qui exige la primauté des intérêts collectifs sur ceux des  individus,  mais selon l’adage fondamental de ne pas faire subir à autrui ce qu’on ne veut pas subir soi-même.

L’équilibre yin-yang doit garantir des accords équitables entre partenaires, dans la recherche d’une moyenne juste ( du tiers inclus) entre intérêts opposés. C’est dans cet esprit que la Chine défend des relations multilatérales équilibrées entre nations souveraines selon le principe gagnant-gagnant.

On peut raisonnablement espérer que la suprématie économique de la Chine instituera une période de paix dans les relations internationales.
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patanjali

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