Ossuaires, nécessité et coutumes étranges

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Message  Freya le Dim 2 Juin 2019 - 11:27

Un stockage bien pratique
Pour de nombreuses confessions et pour l'église catholique romaine en particulier, la crémation des corps était interdite et la seule option qui restait était l'inhumation qui ne pouvait se faire qu'en terre consacrée, autre difficulté. Avec le temps, les cimetières finirent par être surpeuplés comme ce fut le cas de celui des Innocents (disparu) à Paris, en usage continu depuis l'époque gallo-romaine, soit plus de 15 siècles, et où les murs de soubassement finirent pas s'effondrer en 1870 sous le poids des ossements de la fosse commune réservée aux indigents. Le problème des ossements qui ne pouvaient être éliminés était général et ne pouvait plus être nié. A partir du XVIe siècle, les ossuaires connus depuis plus de 3000 ans furent choisis comme alternative aux cimetières, mais aussi aux charniers creusés pour faire face aux conséquences du nombre élevé de victimes des grandes épidémies de peste, de choléra mais aussi des guerres.

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Une alternative aux cimetières
Soigneusement déterrés, blanchis puis entassés, les ossements prenaient beaucoup moins de place que les cercueils. A Hallstatt, charmant village autrichien de la région du Salzkammergut  situé sur la rive ouest du lac Hallstättersee, les résidents savent qu'ils ne seront pas enterrés dans le petit cimetière communal mais, dans l'ossuaire souterrain (Beinhaus) où près de 600 squelettes ne sont pas simplement entassés anonymement puisque leur nom et prénom sont inscrits en lettres gothiques sur leur boite crânienne décorée de motifs floraux peints pour les femmes, d'une couronne de lierre pour les hommes, et surmontés quelques fois d'une croix. A dater de 1720, les corps furent exhumés du cimetière après y avoir séjourné entre 10 et 15 ans. Après avoir été nettoyés et blanchis à la lumière solaire et lunaire, ils avaient pris la couleur de l'ivoire et ce n'est qu'à ce moment-là, que le fossoyeur communal les peignait  avec des pigments d'ocre pour leur rendre hommage comme cela se pratiquait jadis dans les sépultures anciennes. C'est cette tradition qui s'est perpétuée à travers notre coutume de rendre hommage à nos morts en déposant des fleurs sur leurs tombes.

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Des ossuaires, simples lieux d'accueil
Ces ossuaires sont de simples dépôts de squelettes et en général le triste épisode d'une révolte  des paysans contre la noblesse, comme ce fut le cas en Alsace Moselle entre 1493 et 1525 (Bunschuh ou Guerre des Rustauds).
L'ossuaire de la chapelle st-Sébastien de Dambach-la-Ville (67) recèle les squelettes des paysans victimes de la répression violente de leur révolte par les lansquenets du duc de Lorraine près de Scherwiller (67) en 1525. Un sujet de méditation sur un écriteau est destiné aux  visiteurs : "Ce que vous êtes, nous l'étions - Ce que nous sommes, vous le deviendrez ".

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Celui de Lupstein (67) fut édifié en 1503 dans le cimetière de l'enclos de l'église st-Quentin. En 1525 il recueillit les dépouilles d'environ 3000 Rustauds et habitants du village massacrés en même temps, sans aucune distinction. Le lendemain, ce fut au tour des habitants de la ville de Saverne et des Rustauds  présents, d'être pillés par les lansquenets du duc de Lorraine et massacrés. Puis ce fut le tour du village de Neuwiller-lès-Saverne. Le nombre de personnes tuées est estimé à 20.000 en deux jours (16-17 mai 1525).


Des ossuaires pour améliorer une architecture

Au XVIe siècle à Evora au Portugal, des moines franciscains ont construit dans un but religieux  la Capelle dos Ossos (la chapelle des os) pour y ranger soigneusement les ossements de 5000 personnes en provenance de cimetières alentour. Dès son arrivée, le visiteur est mis en garde  par l'inscription au-dessus de la porte : Nós ossos que aqui estamos pelos vossos esperamos (Nous, les os ici présents, attendons que les vôtres nous rejoignent). Ceux des moines ayant participé à l'édification de la chapelle se trouvent dans les coffres blancs.

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L'ossuaire de Brno en Tchéquie, est composé des ossements de 50.000 personnes victimes de la peste ou du choléra, de la guerre de Trente ans, et du siège de Brno en 1645 par Kristina Vasa reine de Suède.  

A Milan (Italie) l'église San Bernardino alle Ossa fut érigée à l'origine en 1145 en même temps qu'un hôpital et un cimetière. En 1210, un bâtiment destiné à recevoir les ossements du cimetière,  fut construit. Lors de sa restauration, les murs de l'ossuaire furent décorés avec des tibias et des crânes humains. L'église fut détruite en 1712 et l'ossuaire remplacé par un édifice plus grand. Aujourd'hui, la nouvelle église consacrée à saint Bernardin de Sienne, est reliée à l'ossuaire par un déambulatoire.

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Un art morbide
En Tchéquie, l'ossuaire étrange de Sedlec (église de l'Assomption) recèle les squelettes de 30.000 personnes victimes de la peste noire de 1328 et de 10'000 victimes des croisades. Ici, les os ne sont empilés qu'en partie, le restant ayant servi à construire des décorations plutôt morbides par un artiste local qui a utilisé les ossements comme composants dans la construction d'objets tels un lustre élaboré à partir de tous les os d'un corps humain, des chaînes de crânes ornant les entrées, des calices et des croix fabriquées à partir de hanches et de fémurs.

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En Italie, au centre de Rome, l'ossuaire de la Fraternité (Arciconfraternita) Santa Maria dell'Orazione e Morte détient elle aussi un autre lustre fabriqué à partir d'os humains et d'autres décorations macabres toutes aussi surprenantes.

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Les catacombes
Celles de Paris sont le plus grand ossuaire au monde avec les 6 millions de squelettes exhumés de différents cimetières communaux pour y trouver leur ultime lieu de repos.
Celles de Rome se montent à une quarantaine autour de la capitale dont seules 5 sont ouvertes au public mais, il s'agit de tombes et non d'ossuaires. Le nombre de tombes est estimé à 500.000.


Regard sur l'avenir
Les ossuaires ont été crées par nécessité en raison des cimetières surpeuplés alors que la crémation était interdite. Aujourd'hui, le surpeuplement des cimetières est devenu une préoccupation dans les grandes villes essentiellement où le manque croissant de parcelles funéraires fait défaut. Une volonté accrue de trouver des solutions alternatives à l'ensevelissement traditionnel finira dans un avenir proche par la crémation généralisée. Les ossuaires feront-ils leur retour ? Certainement en cas de très nombreuses victimes d'épidémie ou de guerre.
Freya
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