La lignée spirituelle des alchimistes, à l'exemple de Paracelse et Boehme

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La lignée spirituelle des alchimistes, à l'exemple de Paracelse et Boehme

Message  patanjali le Mer 9 Jan 2013 - 10:12

Selon René Alleau, L'alchimie est une tradition plus métaphysique que physico-chimique et qui a transcendé toutes les époques et toutes les cultures. Après la grande civilisation musulmane, elle fut importée en Europe au Moyen-âge.

L'alchimie n'a jamais été une doctrine. Elle se transforma selon l'inspiration des auteurs tout en revenant toujours aux mêmes principes: Une dualité entre lumière et ténèbres dont surgit un troisième. Ainsi, Albert le Grand, figure éminente de l'alchimie du Moyen-âge, symbolisait la dualité des principes premiers par deux substances: le Mercure et le Soufre. Paracelse par contre, à la Renaissance, ajouta comme troisième le Sel.

Les historiens cherchent la continuité de l'alchimie dans une transmission écrite ou, à défaut, supposent une transmission orale, initiatique. Mais la Tradition n'est pas fondée sur une transmission dans le temps. Michel Random l'a dit: " Il existe une science primordiale liée aux propriétés du vivant et à la "sagesse" de la nature, qui est le fondement de toutes connaissances. Chaque fois que cette tradition est altérée ou perdue, elle réapparaît sous différentes formes dans l'histoire des civilisations et de l'humanité."

Paracelse était avant tout médecin. Il s'est concentré sur l'utilisation médicale et l'aspect philosophique de l'alchimie. Pourquoi a-t-il ajouté un troisième principe avec le Sel? Cela était en contradiction à la fois avec les 4 éléments d'Hippocrate et avec les principes alchimiques d'Albert le Grand. Aucune lignée de transmission ne le justifie. Par contre ces principes et leur application ont une analogie fonctionnelle très précise avec les trois Gunas du Samkhya et les trois Doshas de la médecine ayurvédique que Paracelse n'a pas pu connaître. Ce n'est pas non plus l'observation empirique qui a pu le conduire à cette trilogie. Son inspiration a son origine dans la nature cosmique et dans la nature de la connaissance, car la nature matérielle et la nature spirituelle sont pareilles. Selon la Table d'émeraude: « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

C.-G. Jung a fait comprendre que notre conscience n'est qu'une parcelle émergée, individualisée, d'une conscience collective, d'une racine commune où des transmissions sont possibles non pas sous forme rationnelle, exprimable en parole mais sous forme de visions d'images ou structures symboliques et archétypiques, émotionnellement chargées. Le cas des visions de Jakob Boehme est révélateur.

Jakob Boehme (1575-1624) était ni un mystique ni un érudit mais un homme commun du peuple, gagnant sa vie comme cordonnier et marchand de gants. Son mystère réside dans une intuition soudaine et inexplicable, qu'il eut à l'âge de 25 ans, d'une essence divine commune qui existe, dissimulée, dans toutes les choses de la nature. Dans une lettre adressée à un ami douanier, il écrit "... la porte m'a été ouverte, au point qu'en un quart d'heure j'ai vu et appris davantage que si j'avais fréquenté les académies pendant de nombreuses années; j'en fus très surpris, je ne savais pas ce qui m'arrivait et mon coeur se mit à louer Dieu. Car j'apercevais et je reconnaissais l'essence de toutes les essences; et aussi la naissance de la sainte Trinité, la provenance et l'origine du monde". Animé par le besoin de communiquer cette révélation à ses contemporains, il lui fallut cependant douze ans marqués par des épreuves intérieures, des hésitations et des doutes, pour parvenir à comprendre pleinement ces visions et pour les expliquer clairement sans trahir leur nature symbolique bouleversante, dans son oeuvre intitulée "L'Aurore naissante".
La vision comportait une trilogie associée à un septénaire qui était un ensemble circulaire de 6 roues réunies par une septième Mais pendant ses douze ans de tourments et de doutes, Boehme a interprété sa vision selon son éducation et les idées de son époque: l'évangélisme luthérien et l'alchimie et il l'a finalement exprimée sous cette forme dans l'"Aurore naissante".


Sa vision peut cependant être interprétée aussi en se fondant sur la science moderne et en particulier sur la mécanique quantique. C'est ce que le physicien Basarab Nicolescu a fait dans un livre: "La science, le sens et l'évolution". J'ai commenté autrefois ce livre dans un article non publié en rapprochant la trilogie des trois principes de la médecine ayurvédique et la figure du septénaire avec les éléments ou thèmes épistémologiques du modèle systémique (Le schéma et l'article sont consultables sur mon site.)

Je reviendrai peut-être sur "la signature des choses" de Boehme et son analogie avec les éléments traditionnels ou thèmes épistémologiques dans un autre sujet. Ce qui me frappe aujourd'hui en relisant la biographie de Boehme, c'est qu'il a eu sa vision en 1600, l'année même où Giordano Bruno a été supplicié sur le bûcher, le 17 février au Campo dei Fiori à Rome, la langue entravée par un mors de bois l'empêchant de parler et de crier, condamné pour avoir refusé d'abjurer et de renier ses convictions.
Or la vision de Boehme correspond par ses principes aux schémas de Giordano Bruno auxquels celui-ci s'est référé dans ses dernières œuvres, notamment dans ADVERSOS MATHEMATICOS et DE TRIPLICI MINIMO ET MENSURA. Il affirmait que toute la géométrie cosmique sacrée se résume aux triangles et cercles:



Une transmission de pensée de Giordano Bruno, une volonté de survie de ses convictions, telle qu'elle se produit dans les états entre la vie et la mort définitive (EMI), peut expliquer la vision soudaine de Boehme. Les transmissions de pensée, les transmigrations d'âmes et les possessions sont des faits bien connus du chamanisme et d'autres pratiques paranormales.

Peu importe que l'on attribue la vision spontanée de Boehme à une transmission parapsychologique entre personnes dans le temps ou plus profondément à la conscience collective hors du temps. Elle a surgi du "sans fond" (Ungrund), selon ses propres termes, de l'Esprit cosmique, Origine de la matière et de la conscience, de l'espace et le temps.
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